ECONOMIE

Port d’Olokola : Dangote sort l’artillerie lourde pour dominer la logistique africaine

2.63Kvues

Port d’Olokola : Dangote sort l’artillerie lourde pour dominer la logistique africaine

Aliko Dangote le magnat nigérian a officiellement déposé une demande pour l’édification d’un port maritime d’envergure inédite à Olokola, dans l’État d’Ogun, au sud-ouest du Nigéria. Cette initiative audacieuse, qui relance un projet mis en veilleuse il y a plus d’une décennie, est destinée à catalyser une transformation majeure des filières d’exportation énergétiques et logistiques de la nation.

Le choix d’Olokola n’est pas fortuit. Ce site avait initialement été désigné par Dangote pour abriter sa méga-raffinerie et son complexe d’engrais, avant que le projet ne soit relocalisé à Lagos suite à des frictions avec les autorités locales. Aujourd’hui, un climat politique assaini et le besoin pressant d’infrastructures portuaires de pointe confèrent une nouvelle impulsion à cet emplacement stratégique, idéalement situé à une centaine de kilomètres des installations pétrochimiques de Dangote à Lekki.

Un carrefour stratégique pour le gaz, les engrais et les carburants

Conçu pour être le port le plus vaste et le plus profond du Nigéria, ce futur complexe maritime sur l’Atlantique a pour vocation de décongestionner les installations portuaires surchargées de Lagos, notamment le terminal en eau profonde de Lekki. Il offrira également une voie directe vers les marchés mondiaux pour les produits industriels et énergétiques du conglomérat Dangote.

« Il ne s’agit pas pour nous de tout accaparer, mais plutôt de stimuler l’émulation et d’encourager d’autres entrepreneurs à emboîter le pas », a souligné Dangote, affichant une vision incitative plutôt que monopolistique.

En pratique, ce port facilitera l’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) grâce à un pipeline envisagé entre le delta du Niger et le littoral sud. Il centralisera par ailleurs les opérations logistiques des engrais, actuellement acheminés depuis la jetée privée de sa raffinerie, et renforcera la synergie entre ses pôles industriels (raffinerie, usine d’urée, production de carburants) et les marchés de l’Afrique de l’Ouest.

L’audace du gaz : Un pari d’avenir

L’un des aspects les plus stratégiques de cette entreprise réside dans l’ambition de Dangote de pénétrer le marché du GNL, domaine jusqu’ici dominé par Nigeria LNG Ltd. (NLNG), une coentreprise étatique avec des géants mondiaux tels que Shell, TotalEnergies ou Eni.

« Notre objectif est de développer un projet d’une ampleur telle qu’il permettra d’acheminer un volume de gaz supérieur à ce que NLNG propose actuellement », a précisé Devakumar Edwin, vice-président du groupe.

Le modèle économique repose sur l’approvisionnement en gaz du delta du Niger, une région abondante en hydrocarbures où Dangote capte déjà du gaz pour alimenter son usine d’engrais et produire de l’ammoniac. À terme, ce pipeline pourrait évoluer en une colonne vertébrale énergétique nationale, débloquant le potentiel gazier nigérian et le valorisant sur la scène internationale.

Une intégration logistique ambitieuse, non sans controverses

En parallèle de ses projets portuaires et énergétiques, Dangote prévoit de lancer dès août 2025 la distribution de carburant à l’échelle nationale via une flotte de 4 000 camions-citernes. L’objectif est de maîtriser l’intégralité de la chaîne de valeur, de la raffinerie au point de vente.

Cette stratégie d’intégration verticale, déjà éprouvée avec succès dans le ciment et le sucre, suscite néanmoins des critiques. Certains accusent le groupe de chercher à instaurer un monopole dans le secteur pétrolier aval. Dangote rejette ces allégations, arguant que ses initiatives sont créatrices d’emplois, génératrices d’infrastructures et catalysent un effet d’entraînement bénéfique pour l’ensemble du tissu industriel.

La concrétisation du port d’Olokola transformera potentiellement le littoral sud-ouest du Nigéria en un pôle énergétique et logistique vital, modifiant les flux commerciaux, attirant de nouveaux investissements et réduisant la dépendance aux ports déjà saturés.

Laisser une reponse