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Après le boom, le fléchissement ? Le riz thaïlandais à l’épreuve du marché africain

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Après le boom, le fléchissement ? Le riz thaïlandais à l’épreuve du marché africain

En 2024, la Thaïlande a enregistré des exportations record de riz vers l’Afrique, mais la tendance pourrait s’essouffler dès 2025. Entre performances historiques et incertitudes conjoncturelles, l’Asie et le continent africain reconfigurent leur partenariat autour de cette céréale stratégique.

La Thaïlande, troisième exportateur mondial de riz derrière l’Inde et le Vietnam, a franchi un cap en 2024 avec des expéditions vers l’Afrique atteignant un sommet inédit de 3 millions de tonnes. Ces chiffres, fournis par l’Association nationale des exportateurs de riz (TREA), traduisent une hausse spectaculaire de 23,3 % par rapport à l’année précédente, et un bond de plus de 175 % par rapport à 2022.

Cette croissance a été largement soutenue par les marchés africains, avec un « top 5 » des importateurs constitué de l’Afrique du Sud (833 184 tonnes), du Sénégal (461 804 tonnes), de la Côte d’Ivoire (310 839 tonnes), du Mozambique (287 125 tonnes) et du Bénin (286 649 tonnes). À eux seuls, ces pays ont absorbé plus de 70 % du riz thaïlandais destiné au continent.

Des marchés émergents comme l’Angola, le Togo, la RDC, le Congo et le Ghana ont également affiché des niveaux d’importation significatifs, consolidant la position de l’Afrique comme client stratégique. Au total, le continent a représenté 30 % des exportations globales de la Thaïlande en 2024, soit près de 10 millions de tonnes, pour une valeur estimée à 60 milliards de bahts (1,8 milliard de dollars).

Cependant, cette dynamique pourrait connaître un coup d’arrêt. Entre janvier et avril 2025, les importations africaines de riz thaïlandais ont chuté à 617 995 tonnes, marquant une baisse de 32 % sur un an. Ce repli s’explique par une contraction de la demande dans plusieurs pays clés, notamment l’Angola, la Côte d’Ivoire, le Bénin et la RDC.
Malgré ce ralentissement, certains signaux laissent entrevoir un possible rebond, porté par le retour en force du riz étuvé thaïlandais en Afrique de l’Ouest. Moins cher que son équivalent indien, ce produit séduit de nouveau par son bon rapport qualité-prix.

Qualité et compétitivité : des leviers pour l’avenir

Selon Platts, le riz étuvé thaïlandais (Parboiled 100 % grains entiers) affiche actuellement un prix FOB de 375 $/tonne, contre 381 $ pour le riz étuvé indien à 5 % de brisures. Cet avantage tarifaire, combiné à une qualité reconnue, pourrait renforcer l’attrait du produit thaïlandais, notamment dans des marchés exigeants comme le Nigeria.

Un industriel nigérian confirme cette tendance : malgré un prix plus élevé (95 à 97 $ pour le thaïlandais contre 78 à 80 $ pour l’indien), les consommateurs préfèrent le riz thaïlandais, perçu comme plus long, plus homogène et de qualité supérieure.

Alors que 2024 a été marquée par une performance historique, les mois à venir seront décisifs pour la Thaïlande. Si la demande ralentit actuellement, la compétitivité retrouvée du riz thaïlandais, notamment sur le segment étuvé, pourrait inverser la tendance en Afrique de l’Ouest. Dans cette bataille des grains, le facteur qualité pourrait bien faire la différence

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