
Nigeria : la dette des ménages atteint un record et dépasse celle des entreprises

La dette des ménages nigérians a atteint 38,7 milliards de dollars, un niveau jamais vu en 20 ans. Dans un contexte de forte inflation, de dépréciation monétaire et de faibles revenus, cet endettement grandissant soulève des inquiétudes sur la consommation, la stabilité financière et la résilience des banques.
Les familles nigérianes empruntent de plus en plus, parfois pour subvenir à leurs besoins de base. En avril 2025, leur dette cumulée a franchi la barre des 38,7 milliards de dollars, selon les données du Global Debt Monitor publiées par l’Institut de la Finance Internationale (IIF). C’est près de dix fois plus qu’en 2005, et désormais supérieur à la dette des entreprises du pays, tous secteurs confondus.
L’endettement des ménages représente désormais 20,4 % du PIB nigérian. C’est un chiffre élevé pour une économie émergente où l’inflation frôle les 23 %, les revenus stagnent autour de 2000 dollars par habitant, et la monnaie nationale s’est dépréciée de moitié en deux ans.
Dans ce contexte, de nombreux Nigérians se tournent vers le crédit, non seulement pour financer des projets, mais aussi pour faire face aux dépenses courantes. La plupart des prêts concernent la consommation, les découverts bancaires ou les activités familiales. Le marché hypothécaire reste marginal, représentant moins de 1 % du PIB.
La dette des ménages dépasse aujourd’hui celle des entreprises non financières (12,6 milliards $) et même celle des institutions financières (23,4 milliards $). Seule la dette publique reste plus importante, à 98,8 milliards de dollars.
Cette tendance s’explique en partie par une faible inclusion financière. Près de 60 % des Nigérians n’ont pas accès aux services bancaires, ce qui limite l’épargne formelle et pousse à l’endettement informel ou à des crédits bancaires à taux élevés.
Un impact sur les banques et l’économie
Cette montée en flèche de la dette des ménages fragilise certains acteurs bancaires. Si les grandes banques comme Zenith Bank ou Guaranty Trust Bank affichent de solides résultats et des ratios de capital rassurants, d’autres institutions plus petites sont davantage exposées aux défauts de remboursement.
Des agences de notation comme S&P Global Ratings et Fitch pointent les risques liés à la baisse du pouvoir d’achat, à la hausse des taux d’intérêt et à l’augmentation des créances douteuses. La Banque centrale du Nigeria note déjà une légère baisse des crédits à la consommation, signe d’une prudence croissante des établissements financiers.
Une pression sur la consommation et la croissance
L’endettement élevé des ménages, combiné à la faiblesse du revenu disponible, pourrait peser sur la consommation intérieure, qui représente près de 60 % du PIB nigérian. En parallèle, la forte dépendance aux importations et la volatilité des revenus pétroliers (90 % des exportations) rendent l’économie plus vulnérable aux chocs externes.
Si la croissance de la dette des ménages reflète une certaine résilience face aux pressions économiques, elle révèle aussi les limites d’un système financier encore peu inclusif. Sans amélioration de l’accès au crédit structuré, à l’épargne et à des revenus stables, ce niveau d’endettement pourrait devenir un frein à la reprise économique du pays.






